

HISTORIQUE.
Jusqu'à la fin du XIX° siècle les teintures employées pour tisser les tapis étaient à base d'ingrédients naturels. Dans les années 1860 l'invention de colorants de synthèse par l'industrie chimique européenne va bouleverser l'artisanat textile et le tapis en particulier.
Avant l'arrivée de ces colorants chimiques les artisans teinturiers utilisaient divers colorants d'origine végétale ou animale. Par exemple, les rouges étaient obtenus à partir d'une variété de cochenille ou avec des racines de garance (Rubia tinctorum). Les couleurs jaunes étaient réalisées avec des feuilles de vigne, de l'écorce de grenade ou encore du brou de noix. La racine d'indigotier donnait des bleus intenses. Les couleurs autres que celles mentionnées ci-dessus étaient produite par mélange de colorants ou par sur-teinture. Pour teindre les laines, les poudres de racines étaient mélangées avec de l'eau qu'on portait à ébullition. L'intensité de la teinte était obtenue en fonction du degré de concentration du colorant dans la solution. Avant et après le trempage des écheveaux de laine on fixait les couleurs (mordançage) avec de l'alun (sulfate d'aluminium).
Les couleurs chimiques font leur apparition dès la fin des années 1850. Ces nouveaux produits sont pour la plupart dérivés du goudron de houille notamment l'aniline. Il ne faut ensuite qu'une dizaine d'années pour arriver à une baisse substantielle des coûts de production. En 1870 ces teintures chimiques sont très bon marché, faciles à utiliser. Elles se répandent dans tout l'Orient.
En 1882 l'importation des couleurs d'aniline est interdite par le gouvernement Iranien, mais il est déjà trop tard, la plupart des teinturiers utilisent presque exclusivement des colorants d'aniline. Ceux-ci vont continuer d'arriver en contrebande.
INFORMATIONS PRATIQUES.
Concrètement, presque tous les tapis qu'on peut trouver aujourd'hui sont faits avec des teintures chimiques. Y compris bien des tapis anciens puisque, comme on l'a vu précédemment, ces dernières existent depuis plus de cent ans. On comprend aussi pourquoi la plupart des tapis sont à dominante rouge. En effet, le rouge chimique (et ses différentes nuances), est la couleur qui donne le meilleur résultat, celle qui passe le mieux (avec le bleu foncé). Les autres couleurs chimiques, notamment les différents jaunes, ocres, marrons et verts, ont soit un aspect lavasse, soit au contraire, sont presque fluorescents.
L'utilisation des couleurs chimiques a aussi développé la pratique du "lavage" des tapis. Ce terme de lavage n'est pas à prendre au sens du nettoyage. Il s'agit d'un traitement chimique final du tapis pour atténuer et vieillir des couleurs trop vives. Cette pratique existe depuis longtemps surtout pour les tapis destinés à l'exportation. Contrairement à ce que certains disent, ce lavage n'est pas une hérésie et s'il est bien fait, il ne nuit pas à la solidité de la laine.
Il existe quelques rares manufactures, au Pakistan, en Iran et en Turquie notamment, qui ont relancé une production utilisant des teintures naturelles. Le coût de ces pièces est forcément plus élevé quand on sait qu'autrefois le travail du teinturier constituait un métier distinct de celui du tisserand proprement dit, et que le travail de la teinture (collecte des ingrédients, transformation et teinture) représentait la moitié de la valeur ajoutée dans la formation du prix du tapis.